Drôle de nom ou pas, Schnorr est une affaire sérieuse pour le Bitcoin

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” To the moon! “

Alors que ce cri de ralliement des crypto-addicts est généralement utilisé lorsque le prix d’un coin promet d’atteindre un nouveau sommet, cette fois le slogan suggère l’excitation à propos d’un progrès réalisé sur une optimisation du code bitcoin qui est attendu depuis longtemps.

Appelée signatures Schnorr, cette technologie vise à remplacer le schéma de signature existant du code bitcoin par un autre qui combine les données de signature. Le concept est attrayant, en partie parce qu’il libère de l’espace dans la blockchain, ce qui devrait aider à réduire à la fois le nombre de transactions non traitées et les frais élevés que les utilisateurs de Bitcoin doivent parfois gérer.

Selon les développeurs travaillant sur cette technologie, le changement conduirait à une augmentation estimée de 25 à 30 % de la capacité de transaction du bitcoin.

Yannick Seurin, cryptographe français de l’ANSSI, qui travaille sur la cryptographie derrière Schnorr, a confié à CoinDesk:

“Les signatures Schnorr et les applications qu’elles permettent génèrent de grands espoirs. Comme en témoigne le récent débat sur la mise à l’échelle, toute amélioration de l’efficacité est très bénéfique pour le Bitcoin.”

En effet, la communauté Bitcoin s’est unie autour de plusieurs technologies pour rendre le protocole plus efficace, donc moins cher, plus rapide et plus facile à utiliser pour les paiements. Schnorr n’est qu’une des nombreuses technologie qui se joignent au réseau FIBRE, aux optimisations peer-to-peer et au plus ambitieux de tous, le futur Lightning Network.

Mais Schnorr est récemment devenu le centre d’intérêt de quelques-uns des développeurs les plus renommés de la communauté Bitcoin.

Cela n’est pas seulement dû à l’activation de SegWit  sur Bitcoin (une technologie sur laquelle Schnorr s’appuie) mais aussi aux autres avantages que les signatures Schnorr offrent, comme l’amélioration de la confidentialité sur certains types de transactions et la réduction des spams connus pour obstruer le réseau.

Jonas Nick, par exemple, a dit à CoinDesk qu’il s’intéressait aux avantages en matière de protection de la vie privée, ce qui n’est pas surprenant pour l’ingénieur en sécurité des infrastructures de Blockstream. Pourtant, il est également séduit par la façon dont il pourrait travailler en accord avec d’autres modifications du code pour débloquer des cas d’utilisation plus avancés du Bitcoin.

“Je suis particulièrement enthousiaste à l’idée de travailler à un objectif où les contrats intelligents (smart contracts) ressembleraient à des paiements normaux. Les signatures Schnorr y jouent un rôle crucial, au même titre que MAST, Taproot et Graftroot”, a déclaré Nick, se référant à un certain nombre de changements visant à améliorer les contrats intelligents de bitcoin.

Attaques subtiles

Cet engouement pour Schnorr est depuis longtemps une réalité – la technologie est en cours de développement depuis 2012.

Bien que cela puisse sembler curieux à certains, pour ceux qui sont proches de la technologie, ce temps de mise en place n’est pas surprenant. Premièrement, il n’ y a pas beaucoup de développeurs qui connaissent assez bien le protocole bitcoin et la cryptographie pour avancer sur un changement comme Schnorr.

Deuxièmement, étant donné que Schnorr apporterait un grand changement au réseau Bitcoin, la technologie doit faire l’objet d’un examen et de tests approfondis par les pairs.

Ces deux éléments ont effectivement ralenti la progression de Schnorr.

Selon Pieter Wuille, co-fondateur de Blockstream et contributeur au protocole Bitcoin, Schnorr a relevé plusieurs défis non évidents au fil des ans.

Par exemple, l’an dernier, Wuille et d’autres développeurs ont déniché une possibilité  d'”attaque malhonnête” dans leur implémentation de Schnorr, ce qui les a amenés à soumettre un article décrivant une solution possible. Mais, le conseil académique, auquel le document a été soumis, l’a rejeté, car une autre solution plus sûre avait déjà été proposée.

Et c’est ainsi que le cryptographe Yannick Seurin s’est impliqué avec les développeurs du protocole Bitcoin.

“J’ai remarqué que le schéma spécifique d’agrégation de signatures auquel ils pensaient ne disposait pas d’une analyse de sécurité appropriée à l’époque”, dit-il. “Comme la sécurité prouvable est mon domaine de recherche, et que j’ai déjà travaillé sur les signatures de Schnorr, j’ai contacté Pieter Wuille.”

Wuille a ensuite envoyé l’article à Seurin, qui a développé une construction plus sûre,  avec l’aide du contributeur Gregory Maxwell et le  mathématicien de Blockctream Andrew Poelstra.

Bien que cette nouvelle construction ait aidé, un autre problème est apparu un peu plus tard.

Un autre vecteur d’attaque a été trouvé par l’ingénieur de Blockstream Russell O’Connor (Wuille l’ a surnommé “l’attaque de Russell”), qui permettrait aux utilisateurs de voler des Bitcoins qui auraient été traités avec le thème signature.

Lors de la présentation, Wuille a déclaré:

“Il y a donc quelque chose à apprendre à ce sujet, du moins pour moi, c’est que les modèles d’attaque dans les stratagèmes multipartites peuvent être très subtils. Ce n’était pas du tout évident.”

Processus et politique

Ces vecteurs d’attaque sont résolus, mais le travail sur la technologie se poursuit.

Plusieurs propositions d’amélioration de bitcoin (BIP) sont en préparation, a déclaré Wuille lors de la conférence. Et une fois celles-ci terminées, elles fourniront des plans pour la façon dont le nouveau schéma de signature fonctionnera et comment exactement il serait ajouté au protocole bitcoin. De plus, d’autres contributeurs de Bitcoin auront alors la possibilité d’examiner et de proposer des changements aux implémentations.

Nick a déclaré qu’il y avait longtemps que des tests fuzz (“test de flou” ) étaient menés : cela revient à lancer des données aléatoires sur un morceau de code et de vérifier si la sortie revient toujours correcte.

“Si vous faites cela des centaines de fois par seconde sur plusieurs noyaux pendant une période prolongée,[les tests fuzz] ont une bonne probabilité de dénicher des bugs subtils”, a dit Nick à CoinDesk, ajoutant:

“Nous n’avons pas encore trouvé de problème… cela renforce notre confiance dans la mise en œuvre.”

Si ces tests continuent à se révéler positifs,  le code définitif Schnorr ne devrait pas prendre si longtemps, selon Wuille. Ce changement dans le code a suscité beaucoup d’attention ces derniers temps, les développeurs ont écrit des articles sur les blogs explicatifs et un certain nombre de personnes en ont discuté sur Reddit.

Mais, avec des milliards de dollars en jeu, si une mise à niveau est susceptible de perturber la façon dont fonctionne le Bitcoin, la majorité des parties prenantes hésitent peut-être à la mettre en place.

Le collaborateur de Bitcoin Core, Nicolas Dorier, estime, pour sa part, qu’il faudra peut-être encore quelques années pour que Schnorr soit ajouté au bitcoin.

Et même Wuille, au cours de la présentation, a concédé que ce délai serait peut être nécessaire.

Il conclut:

“J’aimerais voir ce sur quoi nous travaillons ici fusionner avec le protocole Bitcoin, mais c’est un long processuset il faut faire preuve de patience.”

librement traduit de www.coindesk.com
lien vers l’artcile original : https://www.coindesk.com/schnorr-signatures-explained-bitcoin-tech/

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